dimanche 27 mars 2011

La série à voir - An Idiot Abroad

Karl est un idiot. Mais un gentil. Karl n'est pas un personnage de fiction. Karl est un ancien producteur d'émission radio. Et ses potes sont les créateurs à l'origine de The Office et Extras: Ricky Gervais et Steve Merchant. Des dires même de ses potes, Karl est un Homer Simpson vivant, mais en plus naïf.


Certes, Ricky et Steve ne sont pas les plus tendre pour juger de Karl, mais Karl fournit toujours tellement de matière avec tellement de gentillesse et de sincérité qu'il est impossible de ne pas lui tomber dessus.

Le gimmick principal de l'émission radio "The Ricky Gervais Show" (podcastée par The Guardian pendant 3 ans), "brutaliser Karl" avait permis de faire de ce chômeur récent la plus grosse star du net, référencé dans le Guinness Book des records pour le nombre de téléchargement historique de l'émission. Karl est même alors qualifié par la presse étrangère de phénomène international.




Pour autant, depuis la première de The Ricky Gervais Show, il ne change pas d'un poil. Karl reste ce naïf petit enfant de 5 ans coincé dans sa carapace d'anglais typique de 39 ans. Karl ne que connait son propre monde, avec ses petits conforts et ses idées préconçues et ne comprend que peu, voire même pas du tout, le reste de la planète. Pire que tout même, Karl a peur d'à peu près tout ce qu'il ne connait pas.


Après 4 ans de bons et loyaux services à servir de doux crétin pour ses potes dans diverses émissions radios, Ricky et Steve vont décider de lui offrir sa propre émission. Et quoi de mieux, autant comme blague affectueuse que comme cadeau véritable, que de lui financer un petit tour du monde pour visiter chaque pays hébergeant une des 7 merveilles.




An Idiot Abroad, littéralement Un Idiot À l'Étranger, est donc le récit en 8 épisodes (débriefing à Londres pour le dernier épisode) de ce road-trip particulier, fomenté autour de ce bonhomme presque tout droit sorti d'un épisode de notre frenchouille "Strip-Tease". Confronté tête la première à des cultures et des univers aux antipodes de son living room, Karl va, à sa manière, s'approprier un voyage conçu tout simplement pour lui en faire baver et lui ouvrir les yeux.




Habituellement, j'ai un peu de mal avec le principe du diner de con, et le postulat de base concernant l'intervention de Karl auprès de ses deux potes, est totalement fondé sur ce format là. Pour autant, ce qui rend chacune des collaborations de ce trio irrésistiblement drôle, c'est qu'au delà du fait de faire la misère à leur pote, Steve et Ricky lui portent une véritable affection. On sait que la blague continuera ad vitam eternam parce qu'avant tout, ça tient plus d'une fratrie qui se chamaille et "torture" le petit dernier que d'une moquerie simple et condescendante.



De plus, le montage ne laisse heureusement pas que des moments ridicules à Karl. Sous ses abords simplets et parfois complétement à côté de la plaque, Karl est dépeint comme un bonhomme généreux, soucieux du bonheur des autres au dépend même du sien, sincère, direct et pratique.

Par exemple, lors de sa rencontre avec un Yogi dans le deuxième épisode (situé en Inde), Karl va accepter le trip spirituel non pas pour des raisons personnelles, mais par ce simple souhait de ne pas froisser la personne qui l'accueille et essaie de l'aider. Et plus que de simplement s'exécuter à se baigner dans le Gange bêtement, il va même jusqu'à essayer de comprendre ce qui lui est dit. A sa propre manière, il finit alors par résumer la spiritualité par "en fait, la spiritualité, c'est juste trouver un moyen d'être pote...j'avais jamais vu ça comme ça. Comme ça, ça me va en fait...". Tout simplement brillant de simplicité et d'ouverture, Karl finit par faire naturellement passer ses amis confortablement assis à Londres pour de bêtes bourreaux.



Ceci étant, l'émission est très très loin de taper dans du sentimentalisme à deux balles. On n'est pas chez Pignon et Cie, et on ne manque pas non plus de montrer les dires parfois à la limite du racisme et de l'impolitesse pure de Karl. Chose étonnante, c'est que même ces phrases absolument horrifiantes finissent par lui être excusées (rappelez vous, le gamin de 5 ans dans un corps de 39).

En effet, ce sont toujours son ignorance et sa naïveté qui parlent, et on ne le sent jamais porter un jugement négatif sur les gens qui l'entourent (tout autant qu'eux ne portent pas un jugement négatif sur lui). Globalement, Karl admet lui-même qu'il ne comprend pas du tout le monde dans lequel il évolue. Du coup, on n'hésite pas à rire franchement de la stupidité de certains de ses raisonnements, très souvent basés sur une vision occidentale et même anglaise de l'univers, parfois même tellement personnelle que personne ne peut, à part lui, comprendre ce qu'il a voulu dire.



Au final, ce qui fait le sel de cette émission, c'est qu'on découvre de Karl et du monde qu'il explore une simplicité touchante et un esprit candide tout à la fois hilarant, drôle, émouvant et même émerveillé de tout ce qui évite totalement les valeurs touristiques, matérielles et complexes de l'univers. Karl est un être basique, une définition pure du terme "vivant". Cette émission de voyage réalisée autour de sa vision du monde change drastiquement des milliers de documentaires déjà produits, d'abord parce qu'elle est drôle (à se taper des crises de rires), et ensuite parce qu'elle est par essence ramenée à échelle humaine.



En gros, un pur moment de bonheur total, un résultat détonnant, surement à milles lieues du résultat prévu par la prod'. A voir donc, pour le phénomène qu'est Karl Pilkington tout autant que pour la vision du monde qu'il offre et de ces paysages splendides.

Chez Labouata, on attends avec impatience la deuxième saison qui offrira à Karl un tour du monde basé sur les "choses à faire avant de mourir".

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