lundi 28 février 2011

Stupeflip - The Hypnoflip Invasion, dernière ère du Crou





Je ne critiquerai pas ici l'album d'un point de vue musical, vu que vous pourrez trouver ça sur d'autres blog et mieux écrit que je ne pourrai le faire, je ne vois pas l'intérêt de développer plus avant ce point. C'est une perle, sachez-le, point barre.



Non, l'objet de cet article c'est de critiquer le triptyque initié il y a 9 ans (déjà, pfiouuu) avec le premier album. Parce que comme l'a dit King Ju, chanteur et chapoteur du Stup Crou, Stupéflip, c'est fait pour aller dans un musée. Et il ne fait nul doute que l'œuvre du Stup restera dans les classiques français.


Selon moi, et plusieurs de mes amis membres de l'A.S.F.H. ce dernier album clôture une véritable œuvre d'art, pensée et modelée dès son origine avec une cohérence rare, une démarche artistique loin de tout ce qui se fait actuellement dans le paysage musical francophone. La trilogie Stupéflip rappelle la bonne époque des albums concepts du rock des années 60, ces albums qui racontaient la vie d'un personnage, d'un paysage, avec des plages de 20 minutes et qui s'écoutaient d'une traite, comme on regarde un film. Avec une pochette qui prolongeait l'expérience entre vos mains, et tout un tas de documents vidéos, films et interviews, où l'auteur ne se montrait jamais, toujours planqué derrière son univers.

Quand on regarde ce qu'a créé Julien Barthélémy avec Stupéflip, c'est surement l'un des seuls points de comparaison qu'on puisse avoir. Une renaissance de la création artistique dans le milieu musical français, à la fois expression impulsive et continuité narrative, les deux maintenues sur 10 ans de travail.


Stupéflip, avec cette trilogie pour l'instant sans nom qu'on pourrait désigner par les chroniques des Régions, a dépeint tout un monde. Véritable tableau de cauchemar d'enfant devenu grand, ces trois albums font l'aller-retour entre l'univers froid, incohérent et injuste de l'âge adulte et celui sauvage, cru et innocent de l'enfance. Et de l'un à l'autre, peu de choses changent. Le grand qui "dans les arbres, lui avait perché sa casquette" d'Hypnoflip Invasion est le même genre d'énergumène qui "s'croit supérieur parce que [c'est son] supérieur" de CROU.


Pour autant, pas de redite dans ces trois albums. Il y a continuité (la fin de la dernière piste de chaque album étant le début de la première piste du suivant) mais pas répétition. Tout évolue, tout change. A l'instar d'une trilogie écrite ou filmée, on retrouvera là les mêmes schémas de construction. Le premier album nous fout direct les pieds dans le problème. Tout en se suffisant à lui-même, il initie une nouvelle épopée, nous assurant que le CROU ne mourra jamais et que son histoire continuera, notamment parce qu'elle a commencée sans nous (en 1972, "c'est Historique mon ami") et qu'elle continuera sans nous. Trop tard, ce que vous avez entendu, vous ne pourrez pas le dés-entendre. Le CROU est là. Faites avec.


Lors de Stup Religion, Le CROU enfonce le clou (oui, oui, je sais, c'est naze mais bon...). Ce qu'on prenait pour un petit groupe d'allumés se révèle avoir été un groupe d'éclaireur pour plusieurs armées, des guerres terribles qui changent des Régions entières, une religion qui se lève en sauveur, l'univers de Stupéflip s'étoffe, s'agrandit. De la vision petite lucarne hurlante et intimiste du premier album, on passe à une vision cinémascope, épique et dramatique. Le Crou Stupéflip n'était que "la pointe de l'Iceberg" et l'univers que l'on nous décrit dans Stup Religion est laissé à la fin de cet opus en plein ravage. Seul le Monastère du Stup, havre de paix et îlot au milieu de tout, parvient à maintenir la barre droit. Croire, voilà tout ce qu'il reste au CROU.



Enfin avec The Hypnoflip Invasion, c'est l'acte noble, désintéressé. Le dernier geste héroïque des légions du Stup, avancer plus nombreux, envahir les têtes et abattre toute résistance avec l'avantage de l'expérience et la certitude de ses forces. L'album semble être enregistré à même une radio locale, la fréquence 72.8 (certainement pas choisie au hasard, hein...c'est "un date hystérique" les amis). Stupéflip envahit les ondes et King Ju et sa clique avancent entourés de tout leurs frères d'armes.

Hypnoflip Invasion n'a plus l'extrême besoin d'être un cri de rage, c'est un accomplissement. L'album est plus calme que les deux précédentes galettes, un peu plus de variète et de confessions. Si l'auditeur n'a pas compris ce qu'était initialement Stupéflip, il n'a qu'à réécouter les deux premiers albums, Stupéflip a changé depuis. Hypnoflip Invasion raconte ce qu'est désormais le CROU. Le CROU n'a plus besoin de Pop-Hip pour exister, bim une bastos dans le buffet et le problème est réglé. Et on avance, de nouveaux membres, de nouveaux airs, un son plus travaillé, des morceaux de variète beaucoup plus écoutables qu'avant (et même plutôt chouettes) et enfin, enfin, un beau cri mélé de mélancolie et d'espoir laissé sur la piste finale. Stupéflip est mort, vive Stupéflip.


Hans MEMLING - Seligenstadt am Main, vers 1435 - Bruges, 1494 -
Triptyque de la Résurrection
- Musée du Louvre


Bref Introduction/développement/conclusion, mais si cette trilogie mérite plutôt le terme de triptyque, c'est qu'un triptyque permet une lecture circulaire, en aller-retour. L'œil ne se cantonne pas à une lecture linéaire du tableau, allant seulement du début à la fin. Chaque panneau indépendant se relit différemment en fonction des autres qui l'entourent. Des éléments obscurs du tout premier album prennent sens avec le troisième et sans le premier, le troisième manquerait de fond. Le graphiste qui sommeille en Julien Barthélémy y a assurément pensé lors de la créa de son objet musical.




En effet, la chose interessante à travers Stupéflip, et que Julien Barthélémy dit aujourd'hui partout en promo, c'est que de l'agacement exprimé de façon violente du premier album il faudra surtout retenir un ras le bol dirigé contre la violence, celle du système, celle des gens, celle qu'on s'impose. Stupéflip, ce n'est pas seulement quelques morceaux posés sur des albums façon compil', c'est un tout. Et ce tout, au cours de ces trois albums, se fait l'ambassadeur d'un message de paix et d'amour: arrêtez de vous crier dessus, arrêtez d'accepter la pression et ravivez votre innocence, et "Vite!!!". Une composition inspirée des tableaux souvent messianique que l'on trouve sous ce format. Stupéflip est une entité qui n'arrête pas de mourir et de se relever sous nos yeux, un sacrifice nécessaire, catharsique, intemporel et toujours baigné de ce Mystère (au chocolat) propre aux légendes.


Hypnoflip Invasion scelle le destin de chacun des membres du CROU dans une forme de tragédie délivrant l'espoir, comme le suggère sans détour le dernier cri de King Ju sur ce dernier album. Un cri qui tirera les larmes à ceux qui ont vu ce que Stupéflip a été, est et sera.

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