dimanche 27 décembre 2009

Pourquoi il ne faut pas aller voir "Avatar" de James Cameron?


15 ans d'attente, 4 ans de boulot acharné, le film de sa vie, une technologie révolutionnaire et un grand film de fond... Les raisons avancées par James Cameron ne manquent pas pour faire d'Avatar un appât à cinéphile acharné.

Qu'on aime ou pas James Cameron, la machine à faire du gros film bien bourrin (Terminator 2, Alien 2, Titanic, Abyss), on se déplace par la force des superlatifs de la critique et des retours publics enthousiastes. Et pourtant Avatar n'est pas bon.



C'est bête d'ailleurs, avec un sujet pareil, on aurait attendu un grand film action/science-fiction/spectacle comme sait en faire Cameron. Et jsuis client de ce genre de film en plus: un bon gros divertissement avec juste ce qu'il faut de fun pour justifier mon intérêt!


Mais alors par où pêche Avatar? Certainement pas dans ses intentions, pour commencer. Cameron voulait deux choses avec ce film (on enlève "faire du pognon" de l'équation, c'est évident): tout d'abord révolutionner la technique cinématographique. On y reviendra, car même si l'essai est techniquement convaincant, c'est sujet à discussion. Deuxièmement, parler écologie avec un bon gros film d'action. Et là, pareil, c'est largement discutable.

Annonçons la couleur: le soucis majeur de ce film, c'est la date de sa sortie. Sur quasiment tout les points, Cameron nous annonce une révolution qui nous a été servie il y a maintenant dix ans au niveau technique par Lucasfilm. La fabuleuse ère numérique et ses personnages tout digital, oui c'est bien, sauf que Star Wars Episode 1 est sorti en 1999... Alors bon, pas grave, on concède que Lucas était allé vite en besogne et que ses bestioles ont sacrément pris dans la gueule avec le temps. D'autant plus que Cameron se rattrape en argumentant sur sa 3D stéréoscopique.




Ok alors, la 3D stéréoscopique, parlons en. L'effet gadget mis à part, est-ce réellement un argument de vente pour Cameron? Absolument pas. D'un point de vue de réalisateur, il est clair que ce film a été pensé et conçu en 2D tout ce qu'il y a de plus classique. Cadrage, composition d'image et même animation, rien ne justifie le tout numérique stéréoscopique dans cet œuvre.

Pire même, on attendrait d'une technique pareille, qui offre tout un tas de nouvelles possibilités, que le maestro du blockbuster en exploite chaque ficelle...et puis non, il se contente de faire le strict minimum avec: ajouter de la profondeur de champ, finalement on reste sur l'aspect gadget de la technique. Pas de jeu avec, pas de plans qui nécessite vraiment ce nouvel outil pour être exprimé. Rien de vraiment fabuleux de ce côté là, et on aimerait même jeter ces lunettes pour pouvoir voir le film d'une manière plus classique, tel qu'il a été conçu en fait.




Et le fond? Qu'en est-il du récit de la décennie, tel qu'on nous le vend partout. Autant le dire tout de suite, c'est plat. Terriblement conventionnel, le scénario se contente de remplir le contrat du film classique à gros budget: les gentils, les méchants, un méchant baise la princesse, se rend compte qu'il vaudrait mieux devenir gentil, devient prince et tue les méchants. Cameron emballe ça avec l'actuel politiquement correct "les gentils aiment la nature, les méchants la brûle avec leurs machines" et c'est torché. Soit, ce n'est pas forcément un défaut. Il y a des pitch d'une pauvreté sidérante qui ont donnés de très chouettes univers. Mais pour autant, était-il nécessaire d'inclure à ce tableau minimaliste les clichés les plus redondants d'Hollywood?



On baille face au spectacle du discours de motivation des tribus Na'Vi fait par le personnage principal, on attend la suite quand les dites tribus se prennent la branlée du siècle au ralenti avec une musique triste, et on commence à s'agacer lorsque le chef de la tribu, un tronc d'arbre à travers le ventre, meurt 15 fois dans les bras de sa fille en lui demandant de défendre leur culture. On a déjà vu ce film des centaines de fois et ça ne l'a jamais rendu plus intéressant, et pourtant, pour arriver au bout d'Avatar, il faut se farcir ça une fois encore.

Ce qui est presque navrant dans la promo et le foin fait autour du film par le public, c'est outre l'argument de "l'incroyable originalité", celui de la sacro sainte excuse du "film écolo" pour justifier de son succès. Avatar n'est ni original, ni un film écolo. Tout au plus, il pourrait soulever la question du colonialisme et de ses ravages, mais ne nous emballons pas. Le côté manichéen du scénario et des personnages met en branle tout le discours qu'aurait pu avoir le film.




Dommage, car il y a pourtant de belles choses à sauver d'Avatar. A commencer par la technique d'animation faciale. Vraiment impressionnante, les bestioles numériques expriment toute une palette d'émotions crédibles et justes, ce qui n'avait pas été fait correctement jusque là. Le design aussi, les artistes et graphistes ayant bossé sur les dessins de production ont dû faire un travail remarquable, le soucis du détail est appliqué sur chaque éléments et tout est d'une splendeur qui pousse à la contemplation, peut être trop d'ailleurs. Car on reste frustré de ne pas en savoir plus sur l'univers des Na'Vi.



Leur histoire, bien que développée, reste un prétexte à la baston finale (qui prend la dernière moitié du film). On sent pourtant très clairement que Cameron a une idée précise, par exemple, de ce que les autres tribus sont. Et l'on termine le film avant d'en avoir vu quoi que ce soit.

Faut-il donc écouter les rumeurs de deux suites en projet pour espérer avoir une histoire digne de la prétention de Cameron? En attendant le film livré là est incomplet et ennuyeux, et ce malgré l'incroyable travail technique fourni.




Pour résumer, Avatar est du passé avant même d'être sorti. Histoire creuse, personnages stéréotypés sans originalité propre, schémas narratifs redondants, effets réussis mais poudre aux yeux et promo prétentieuse. On se rabattra volontiers sur l'Art Book, qui laissera entre les mains la seule chose vraiment valable du film le plus cher de l'histoire du cinéma: sa gueule.

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