samedi 21 novembre 2009

Post-it : The Prisoner 2009




Puisqu'il faut parler de la nouvelle série du Prisonnier après ce long article, l'ancienne série sera nommée en francais, et la nouvelle version en anglais.

The Prisoner (2009) est donc le prétendu remake de la série de McGoohan, Le Prisonnier. "Si l'originale est si bien et si contemporaine que ça, pourquoi en refaire une aujourd'hui?" que je vous entends déjà marmonner dans vos pulls tricotés en sarcasme...

Bein justement parcequ'elle est contemporaine. Le message du Prisonnier est (en partie): attention à la société que l'on se choisit! Et la société dépeinte dans Le Prisonnier est désormais la notre. A ceci près que McGoohan n'avait pas vu le 11 septembre et ses conséquences venir.

Et voilà une excellente remarque pour AMC qui se propose de refaire un lifting au Numéro 6 avec en toile de fond deux tours de verre qui surplombent et surveillent le Village.

Le Village? Pas vraiment en fait, puisque si les noms, les concepts, et les principes de la série d'origine se retrouvent inchangés, il faut bien noter que refaire une série des années 60 aujourd'hui n'a pas vraiment grand intérêt en soi. Donc AMC en change le contexte. Le Village est plus grand, à l'échelle de notre monde qui s'est élargi avec les techonologies de communication, l'extérieur est désormais désertique, le Numéro 2 ne change plus, et les Villageois sont tous pétris de terreur à l'idée de sortir ou d'avoir à affronter un imprévu.



Minisérie en 6 épisodes, The Prisoner tente de réactualiser ce qu'avait pondu l'esprit brillant de McGoohan. Alors est-ce un désastre? Loin de là. Egale-t-elle la série d'origine? Non plus, faut pas pousser. Si The Prisoner n'atteindra pas le statut de culte, c'est qu'elle emprunte ses figures phares à son maître et que là dedans, rien d'incroyablement novateur s'en détache. Mais pour autant, c'est un bel hommage et une chouette relance que nous fait Bill Gallagher.

Dès le pilote, le ton est donné. Un vieillard (qui ressemble d'ailleurs étrangement à McGoohan sur la fin de sa vie) court dans les montagnes, poursuivi par des gardes armés et une meute de chiens. En sang, fatigué et épuisé, il tombe nez à nez avec notre héros qui se réveille là sans savoir ce qu'il fait dans les montagnes. Le vieillard, le N°93, lui demande de l'aider. Amené à l'abris dans une caverne, N°93 meurt dans les bras du héros en lui demandant de retrouver une personne et de lui dire qu'il s'est échappé.



Ce vieillard, habillé comme l'ancien Numéro 6 dans la série d'origine est à coup sûr un clin d'oeil énorme du scénariste actuel à l'auteur original (il suffira d'attendre un épisode pour que notre actuel Numéro 6 fouille son appartement, et que le fan éclairé reconnaisse là à peu de choses près, l'appartement du N°6 de la série d'origine). Un passage de flambeau qui annonce une nouvelle ère.

Structurés radicalement différemment, les épisodes de cette nouvelle série insufflent la confusion et le doute par l'utilisation d'images subliminales, de montage aux chronologies éclatées et de flash-back. On ne sait jamais vraiment où est le vrai, où est le faux et tout porte à croire que notre nouveau N°6 est dans la même confusion générale.


D'ailleurs parlons du N°6, si la série d'origine voyait un espion dans ses bottes, ici, c'est un technicien d'une haute société de vidéo surveillance. L'ancien était dans son bon droit de gueuler, celui-là craint déjà, dès le départ de la série d'en savoir trop et d'être génant. C'est même plus facilement un Monsieur tout le monde qu'un héros.

Ce qui est malin dans la réécriture de ce mythe, c'est que là où l'époque de McGoohan permettait d'avoir des idées claires et des positions affirmées, notre époque, elle, nous pousse, pour des raisons économiques, sociales, juridiques ou éthiques, à toujours être dans le compromis, la médiation et dans une pincée de paranoïa aveugle (comme le disait mon amie Auré, désormais, l'ennemi N°1 n'est plus palpable). Le spectateur de Le Prisonnier peut rester droit face à ce qui arrive au N°6 de McGoohan, celui de The Prisoner est forcément perdu face au N°6 de Gallagher. L'extérieur du Village existe pour McGoohan, pour Gallagher, rien n'est moins sûr.


Le principal défaut de cette nouvelle mouture, à mon sens, c'est qu'elle est réalisée et produite par et pour des américains. Elle n'évite donc plus le côté sentimental et tirage de violon que la série d'origine reléguait complêtement à l'arrière plan. Ce problême se fait sentir, non pas tant sur la réalisation que sur l'illustration musicale qui, si elle fait de très chouette apparitions dans les deux premiers épisodes, redevient d'un classique et d'un déjà-vu parfois pénible dans les épisodes suivants.

Pourtant la nouvelle série amène de l'eau au moulin, par l'introduction symbolique de l'oubli et de la négation du problême (un gros trou apparaissant ça et là dans le sol du Village et qui avale certains citoyens), par la crainte morbide et exprimée de chacun des Villageois d'être appelé à la Clinique pour un traitement, par le respect presque féodal qu'on ces citoyens envers le N°2. Les règles du jeu changent, et si on ne reprends pas le discours de l'ancienne série, Gallagher n'escompte pas faire croire que tout lui est dû. Même certains passages de l'ancienne série sont célébrés par de petits clin d'oeil et l'on y suggère aussi que l'actuel Village a une très longue histoire et que les choses étaient différentes avant.

Je ne parlerai pas de la fin, car je ne l'ai pas encore vue, mais jusqu'ici, si je ne retrouve pas l'excitation et l'incroyable intérêt de Le Prisonnier, je lui concède quand même l'effort d'être une curiosité réfléchie sur notre époque, ce que la plus part de nos séries actuelle n'osent pas faire. Ici bas le preview de neuf minutes en sous titré pour s'en faire une idée...



A voir donc, mais avec un regard neuf pour les fans de l'originale et pour les néophytes, à considérer comme la suite de l'ancienne.

vendredi 20 novembre 2009

La série à Voir: Le Prisonnier



L'actualité dépoussiérant le sujet, il fallait bien un jour que je parle ici de l'incroyable et cultissime série de Patrick McGoohan (que l'on pensait immortel jusqu'à Janvier dernier, paix à son âme). Malheureusement, nos plus grands artistes meurent aussi.


Mais son œuvre reste vivante puisque AMC, chaîne câblée américaine, s'offre actuellement le luxe (et le risque) de remettre au goût du jour Le Prisonnier, série TV la plus influente jamais créée et marquante tant du point de vue de ses idées que de son iconographie.


Alors Le Prisonnier, c'est quoi? C'est l'histoire d'un agent secret anglais tel qu'on les dépeint dans les années 60: la classe, la belle voiture, rebelle et indépendant, qui décide de démissionner. Ses raisons? Un mystère. Après avoir posé sa lettre avec fracas entre les mains de ses supérieurs, celui-ci se fait enlever et est rendu inconscient.



A son réveil, notre héros retrouve son appartement tel qu'il l'a laissé avant de tomber dans les vapes, mais à la fenêtre, ce n'est pas Londres qu'il aperçoit, mais un étrange paysage abandonné de village éclectique. C'est en faisant sa première sortie de l'appartement que l'agent secret découvre que les habitants n'ont pas de nom, juste des numéros, que ce lieu là s'appelle Le Village et que rien n'est laissé hors de contrôle du dit Numéro 2, figure d'autorité morale et politique suprême.


D'ailleurs, notre héros aussi n'a pas de nom, désormais, il s'appellera Numéro 6. Plus énervant encore, il n'y a pas d'issue possible au Village, il est désormais prisonnier de cette communauté tenue "heureuse" et sous contrôle au moyen de vidéo surveillance et de diverses méthodes médicales des plus douteuses.

Le but du Numéro 2, apprendre pourquoi le Numéro 6 a démissionné de son ancien travail, celui du Numéro 6, résister à la pression et s'échapper.

Pourquoi la série est-elle culte? Il faut remettre cette histoire dans son contexte Historique. A l'heure de sa sortie, nous sommes dans la fin des années 60. Les médias de masses ainsi que la vidéo-surveillance sont encore de gentils gadgets que l'on découvre sur fond de Guerre Froide. L'époque hyppie touche à sa fin et arrivent les années 70-80 et leur lot de désillusions: peu-importe qu'on le veuille, le monde nous empêche d'être libre et ce d'une façon des plus naturelles.


Le Prisonnier tire la sonnette d'alarme dès le début et dépeint une société totalitaire où chacun des citoyens est source de son enfermement, où le doute, le questionnement de l'autorité, l'originalité au dépend de la norme et de la communauté est formellement interdit voire réprimé. Rien ne doit troubler le paisible équilibre qui est instauré dans le Village, quitte à ce que l'on doive faire des sacrifices (moraux ou même humains) pour que cela en soit ainsi. Et le point le plus central dans son histoire, l'information est source de pouvoir. Elle est donc, contrôlée, manipulée, retenue ou effacée pour que chacun reste à sa place.

Outre l'aspect espionnage de la série, c'est une lecture philosophique et/où sociologique qui se doit d'être faite pour en apprécier vraiment les ficelles. On regarde Le Prisonnier tant pour être diverti que pour avoir des sujets de réflexion en stock. Et le mieux dans tout ça, c'est que pour l'époque, ce n'est pas simplement une œuvre d'actualité, c'est surtout une œuvre d'anticipation.

Les plus jeunes d'entre nous ne s'en surprendront pas, mais au Village, les portes sont automatiques, les téléphones sont sans fil, la psychologie est omniprésente. Aucun détail n'est laissé derrière. Le Village est une image à peine diabolisée du monde tel qu'il deviendra 20 ans plus tard.

Ce qui, de plus, frappe tout autant lorsqu'on a l'œil avisé du cinéphile, c'est la réalisation. En quelques épisodes, Patrick McGoohan, qui écrit, joue, produit en partie et réalise, amène un souffle radicalement nouveau et précurseur au format télévisuel.

A la même époque c'est Chapeau Melon et Bottes de cuir ou, quelques années plus tard Amicalement Votre qui côtoie Le Prisonnier et pourtant, si le look des protagonistes en a un peu pris dans la gueule, le rythme, l'histoire, le ton donné et le montage est incroyablement contemporain.

En fait, les mêmes scénar', les mêmes cadres et le même rythme transposé aujourd'hui avec nos techniques audiovisuelle serait encore avant gardiste. McGoohan voyait loin et c'est ce qui assurera la pérennité de son émission avec des générations de spectateurs faisant passer le flambeau à leurs gamins. Les sujets y sont intemporels, le ton s'adapte au discours (et non l'inverse, comme on le voit trop aujourd'hui) et le Numéro 6 réveille en chacun de nous les envies d'échappées et de rébellion de nos jeunes années.


Comment regarder Le Prisonnier? En France nous sommes gâtés. Il faut le dire, si le pays privilégié pour voir Le Prisonnier reste l'Angleterre, qui a la chance de se voir régulièrement nourrie de coffrets dvd ou de rediffusions, nous avons dans notre cher hexagone, l'honneur d'avoir Alain Carrazé, grand fan de la série, spécialiste du Prisonnier et rare personnage à qui Patrick McGoohan a bien voulu adresser la parole suite à l'incompréhension totale du public face au final de sa série (il faut dire que les deux derniers épisodes sont une expérience cinématographique onirique et symbolique dans la même veine que ce que Twin Peaks fera des années plus tard, pas étonnant que certains se soient sentis floués voire abandonné à leur diffusion).

Alain Carrazé donc, qui nous gâte sur notre coffret dvd frenchouille d'une floppée d'interviews, de documentaires et d'analyses, ce que les autres pays n'ont pas forcément. C'est donc ce coffret que je conseillerai, en attendant la prochaine édition Bluray.

Si vous ne pouvez pas vous le payer, louez le, si vous ne pouvez pas le louer, empruntez le, si vous ne pouvez pas l'emprunter...prenez un gars de Virgin ou de la Fnac en otage et demandez plusieurs coffrets du Prisonnier en rançon (offrez ceux que vous aurez en trop à des amis, ça limitera les prises d'otage). Mais définitivement, tout sériephile ou cinéphile qui se respecte se doit d'avoir vu l'intégrale au moins une fois.

Et oui, sans le Prisonnier, Matrix serait un doux rêve, The Truman Show n'existerai pas, Lost n'aurait pas vu le jour (pour ne citer que ceux là)... Donc, c'est incontournable. Jsuis clair?



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