Le film à voir: Shock Treatment
Peu connu du public français, quasi invisible malgré ses origines, Shock Treatment est de ces ovnis définitivement cultes que les producteurs déjà frileux à l'époque de sa sortie se sont empressés d'enterrer.
Et pourtant, en tant que suite du déjà cultissime Rocky Horror Picture Show, comédie musicale glam rock déjantée, on aurait pu imaginer que l'existence même de cette seconde salve aurait suffit à la nourrir régulièrement de nouveaux spectateurs.
Alors pourquoi cet oubli de la part du public?
Le pitch:
Apparemment quelques années après les évènements du Rocky Horror Picture Show, Janet et Brad, un couple bien rangé, tout simple, se retrouve sur le plateau télé de la ville de Denton.
Ce qui est à noter, c'est que la ville entière est devenue un studio de télé, géré par le patron de la chaîne Farley Flavours et que chacun des habitants de Denton est un potentiel personnage de série ou de jeu.
Bref, invités à participer à l'émission "Marriage Maze", le couple va être séparé et Brad pris en charge par le département "Rest Home" de la chaîne pour cause de dépression. Mais il semblerait que sous cette volonté farouche qu'ont les studios de séparer le couple, il y ai des motivations bien plus personnelles.
Sorti en 1981 et en pleine expansion du fan club du Rocky Horror, Shock Treatment va vraiment faire office de pavé dans la mare. La Fox, alors enchantée du succès du premier opus, demande à Richard O'Brien, génial scénariste et compositeur du RHPS d'executer une suite à son petit bijou, mais O'Brien, voyant bien que les studios sont désormais à ses pieds va profiter de l'occasion pour étoffer son discours bien plus qu'il n'a pu le faire précedemment.
A la suite d'un simple "Don't Dream it, Be it" qui était le slogan du Rocky Horror, il pond un film satire, cynique et excessivement critique sur le pouvoir médiatique. Malheureusement, ni le public, ni les diffuseurs ne sont prêts à le comprendre.
Il faut se remettre dans le contexte: en 1981, les émissions de télé-réalité ne sont pas aussi présentes sur le petit écran. Nous sommes en fait, aux USA, obnubilés par les jeux télévisés et les sitcoms. Le point central de l'histoire de Shock Treatment ( une ville dont chaque élément est sujet à une émission télé) est donc bien plus étranger à son public d'alors qu'à nos yeux avertis.
O'Brien imagine avec ce film une ville totalement englobée par les studios télés. Plus qu'un 1984 d'Orwell qui décrit une société ultra-surveillée, ici il s'agit d'une société qui se plonge elle même dans la télésurveillance et l'assistanat sous le couvert de permettre à chaque citoyen d'avoir son quart d'heure de gloire. On va droit dans le mur mais avec le sourire!
Mais est-ce là le seul point fort de Shock Treatment?
Bien évidemment non. Même si les musiques perdent de leur crédibilité à cause d'une utilisation intensive d'instruments synthétisés (aaaah les années 80) il faut reconnaître que les paroles ainsi que les compositions de cette comédie musicale sont bel et bien de O'Brien: c'est à dire sans pitié, subtilement cyniques et entraînantes.
Oui, d'accord mais pourquoi cet oubli?
- Il faut savoir qu'entre le Rocky Horror et Shock Treatment, il y a un gigantesque écart de style. Le premier était un hommage aux séries B et Z horrifiques, très proche d'un scénario d'Ed Wood alors que le deuxième est hérité des sitcoms à frère-jumeau-maléfique autant que des films avant gardistes de science-fiction (pensez THX 1138 ou Brazil voire Le Meilleur des Mondes). Le goût du kitsh est donc déplacé d'un hommage au films fantastiques ratés vers une observation des mythes contemporains
- La musique suit donc la même direction. Si le Rocky Horror se veut dans la pleine mouvance glam rock, Shock Treatment est nettement plus libre question style. On y retrouve effectivement les teintes des compositions d'O'Brien mais on est bien loin de ce qui avait été posé précédemment. Certes c'est Rock dans l'âme, on a même un morceau punk au passage mais le "peps" du Rocky Horror est bien derrière.
- Comme dit précédemment, la satire sociale est subtile. Du coup l'humour qui en découle l'est aussi. Etonnement, si cela fonctionnait plutôt bien dans le Rocky Horror, ici, à la première vision, on dénoue les fils de l'histoire avant de se laisser aller au fun.
- Enfin il est certain que les fans du Rocky Horror n'ont pas trouvé là de clin d'œil à leur film préféré. Symptomatique des suites de films cultes (Star Wars, Indy, Terminator), l'effet "déception" est inévitable. Et pourtant Shock Treatment est une suite excellente. Le soucis est toujours le même dans ces cas là: la familiarité avec l'oeuvre originale acquise par les fans empêche l'adhésion de ceux-ci avec une suite, originale elle aussi (prenez un aspro et relisez ma phrase cinq fois).
- Si les personnages restent, les acteurs eux n'en sont pas les mêmes. Si une partie du cast du RHPS rempile, on perd au passage les trois géniaux acteurs principaux. A mon sens, le changement de style et d'histoire permet de faire passer ceci sans problème, pour certain par contre la pilule est dure à avaler.
En conclusion mes très chers, la Fox, dure d'oreille a quand même attendu qu'un bon gros groupe de fan et une pétition longue comme un article sur le Shock Treatment sur Labouata leur arrive dans les bras pour se décider à en sortir une édition dvd. Et mon petit conseil, mes très chers lecteurs patients, c'est de vous jeter là dessus, ne serait-ce que pour la curiosité.
Alors, je sais, j'en entends déjà dire "oui mais j'ai pas vu le Rocky Horror picture Show" ou encore "ah mais en même temps j'aime pas les comédies musicales" ou encore "de toutes façons les années 80 n'ont absolument rien produit de valable et le glam rock c'est pour les pédés à plumes"... Plus d'excuses, le tout est sorti dans un coffret peu cher que tout cinéphile se doit d'avoir dans sa dvdthèque.

A bon entendeur et spectateur, salut! Et puis donnez m'en des news....

























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