samedi 20 septembre 2008

Le film à voir: Shock Treatment

Peu connu du public français, quasi invisible malgré ses origines, Shock Treatment est de ces ovnis définitivement cultes que les producteurs déjà frileux à l'époque de sa sortie se sont empressés d'enterrer.


Et pourtant, en tant que suite du déjà cultissime Rocky Horror Picture Show, comédie musicale glam rock déjantée, on aurait pu imaginer que l'existence même de cette seconde salve aurait suffit à la nourrir régulièrement de nouveaux spectateurs.


Alors pourquoi cet oubli de la part du public?

Le pitch:

Apparemment quelques années après les évènements du Rocky Horror Picture Show, Janet et Brad, un couple bien rangé, tout simple, se retrouve sur le plateau télé de la ville de Denton.

Ce qui est à noter, c'est que la ville entière est devenue un studio de télé, géré par le patron de la chaîne Farley Flavours et que chacun des habitants de Denton est un potentiel personnage de série ou de jeu.

Bref, invités à participer à l'émission "Marriage Maze", le couple va être séparé et Brad pris en charge par le département "Rest Home" de la chaîne pour cause de dépression. Mais il semblerait que sous cette volonté farouche qu'ont les studios de séparer le couple, il y ai des motivations bien plus personnelles.

-Regarde Brad, on est filmé!

Sorti en 1981 et en pleine expansion du fan club du Rocky Horror, Shock Treatment va vraiment faire office de pavé dans la mare. La Fox, alors enchantée du succès du premier opus, demande à Richard O'Brien, génial scénariste et compositeur du RHPS d'executer une suite à son petit bijou, mais O'Brien, voyant bien que les studios sont désormais à ses pieds va profiter de l'occasion pour étoffer son discours bien plus qu'il n'a pu le faire précedemment.

A la suite d'un simple "Don't Dream it, Be it" qui était le slogan du Rocky Horror, il pond un film satire, cynique et excessivement critique sur le pouvoir médiatique. Malheureusement, ni le public, ni les diffuseurs ne sont prêts à le comprendre.

Tiens t'en veux du traitement de choc?

Il faut se remettre dans le contexte: en 1981, les émissions de télé-réalité ne sont pas aussi présentes sur le petit écran. Nous sommes en fait, aux USA, obnubilés par les jeux télévisés et les sitcoms. Le point central de l'histoire de Shock Treatment ( une ville dont chaque élément est sujet à une émission télé) est donc bien plus étranger à son public d'alors qu'à nos yeux avertis.


O'Brien imagine avec ce film une ville totalement englobée par les studios télés. Plus qu'un 1984 d'Orwell qui décrit une société ultra-surveillée, ici il s'agit d'une société qui se plonge elle même dans la télésurveillance et l'assistanat sous le couvert de permettre à chaque citoyen d'avoir son quart d'heure de gloire. On va droit dans le mur mais avec le sourire!



Mais est-ce là le seul point fort de Shock Treatment?

Bien évidemment non. Même si les musiques perdent de leur crédibilité à cause d'une utilisation intensive d'instruments synthétisés (aaaah les années 80) il faut reconnaître que les paroles ainsi que les compositions de cette comédie musicale sont bel et bien de O'Brien: c'est à dire sans pitié, subtilement cyniques et entraînantes.

Oui, d'accord mais pourquoi cet oubli?

  1. Il faut savoir qu'entre le Rocky Horror et Shock Treatment, il y a un gigantesque écart de style. Le premier était un hommage aux séries B et Z horrifiques, très proche d'un scénario d'Ed Wood alors que le deuxième est hérité des sitcoms à frère-jumeau-maléfique autant que des films avant gardistes de science-fiction (pensez THX 1138 ou Brazil voire Le Meilleur des Mondes). Le goût du kitsh est donc déplacé d'un hommage au films fantastiques ratés vers une observation des mythes contemporains

  2. La musique suit donc la même direction. Si le Rocky Horror se veut dans la pleine mouvance glam rock, Shock Treatment est nettement plus libre question style. On y retrouve effectivement les teintes des compositions d'O'Brien mais on est bien loin de ce qui avait été posé précédemment. Certes c'est Rock dans l'âme, on a même un morceau punk au passage mais le "peps" du Rocky Horror est bien derrière.

  3. Comme dit précédemment, la satire sociale est subtile. Du coup l'humour qui en découle l'est aussi. Etonnement, si cela fonctionnait plutôt bien dans le Rocky Horror, ici, à la première vision, on dénoue les fils de l'histoire avant de se laisser aller au fun.

  4. Enfin il est certain que les fans du Rocky Horror n'ont pas trouvé là de clin d'œil à leur film préféré. Symptomatique des suites de films cultes (Star Wars, Indy, Terminator), l'effet "déception" est inévitable. Et pourtant Shock Treatment est une suite excellente. Le soucis est toujours le même dans ces cas là: la familiarité avec l'oeuvre originale acquise par les fans empêche l'adhésion de ceux-ci avec une suite, originale elle aussi (prenez un aspro et relisez ma phrase cinq fois).

  5. Si les personnages restent, les acteurs eux n'en sont pas les mêmes. Si une partie du cast du RHPS rempile, on perd au passage les trois géniaux acteurs principaux. A mon sens, le changement de style et d'histoire permet de faire passer ceci sans problème, pour certain par contre la pilule est dure à avaler.


En conclusion mes très chers, la Fox, dure d'oreille a quand même attendu qu'un bon gros groupe de fan et une pétition longue comme un article sur le Shock Treatment sur Labouata leur arrive dans les bras pour se décider à en sortir une édition dvd. Et mon petit conseil, mes très chers lecteurs patients, c'est de vous jeter là dessus, ne serait-ce que pour la curiosité.

Alors, je sais, j'en entends déjà dire "oui mais j'ai pas vu le Rocky Horror picture Show" ou encore "ah mais en même temps j'aime pas les comédies musicales" ou encore "de toutes façons les années 80 n'ont absolument rien produit de valable et le glam rock c'est pour les pédés à plumes"... Plus d'excuses, le tout est sorti dans un coffret peu cher que tout cinéphile se doit d'avoir dans sa dvdthèque.


A bon entendeur et spectateur, salut! Et puis donnez m'en des news....

mercredi 17 septembre 2008

Life on Taïwan (la série à voir et à pas voir)


Allez tiens, d'une pierre deux coups! Puisque la série à voir n'a pas changée ce mois-ci.

Life On Mars est une série qu'il faut absolument voir mais qu'il faut fuir absolument (là, ceux qui connaissent se grattent la tête avec un air dubitatif). Pas de panique, je m'explique. Oui John Simm est parfait dans le rôle de Sam Tyler mais Jason O'Mara est pourri dans le rôle de Sam Tyler. Indéniable que Philip Glenister porte un personnage charismatique avec le rôle de Gene Hunt, mais ce Gene Hunt est aussi un élément mal écrit et mal joué lorsque Colm Meaney l'interprète.

Car oui mes amis, Life On Mars fût une série culte de la BBC dont se souviendront toujours, émus, ceux qui apprécient le charme britannique d'un concept scénaristique à haut risque mené avec brio et intelligence. Je dis bien "fût" car Life On Mars est ramené à la vie cette année-même par la chaîne ABC, groupe américain, pour remplir leurs grilles de programme. Et mes chers concitoyens, quel désastreux remake!

Je laisserai à ceux que la curiosité morbide pousse dans les extrêmes du voyeurisme le soin de s'infliger ce bouso-produit insultant, son manque de sincérité et d'identité l'amenant à être pire qu'une simple copie ou transposition.

Non, ici je porterai aux nues la série d'origine, fabuleux projet casse-gueule qui nous laisse aujourd'hui la série Ashes to Ashes. C'est qu'ils se remuent violemment en ce moment nos voisins britanniques.

Le pitch (de potch....pardon) pour vous mettre en bouche (de bich...repardon): Sam Tyler, de nos jours détective et chef de département, est amené, durant une enquête à se faire renverser par une voiture. Lorsqu'il se relève, il est parachuté 33 ans en arrière, en 1972. Sam est-il mort? A-t-il voyagé dans le temps? Est-il dans le coma? Toujours policier, Sam Tyler va devoir composer avec un monde qui n'a pas ses techniques et dont il doute de la réalité.






Pourquoi aime-t-on Life on Mars version BBC? Tout simplement parceque oui, les anglais savent faire du fantastique. Oui les européens ont le sens de l'autodérision et c'est vrai, les plus grand romans policiers sont anglais (Koz Kirath me rajoutera surement à cette ode: "Oui, et surtout Gene Hunt est un zabrak").



Le style de réalisation reprend points par points ce que nous aimions dans ces vieilles séries policières: des flics pourris au grand coeur, des dérapages de vieilles caisses de collec', des répliques à rallonges qui ont la classe, des calibres de 4m de canon et des petites frappes qui se font tabasser dans les interrogatoires, Life On Mars est un lourd clin d'oeil à cette bonne vieille époque des Starsky et Hutch et autres A-Team et ne s'en cache pas.



Mieux: le regard attendri et assumé porté sur cet âge d'or de la série policière, ses auteurs mènent la barque plus loin, la parsemant d'éléments fantastiques à la limite d'un style Twin Peaksien. C'est qu'en plus des enquêtes sur fond de rock bien 70's (bande originale exceptionnelle pour tout fan de musique anglaise rock de ses années là) on nage en plein paranormal dès que Sam pense voir dans sa télé ou dans ses rêves des messages de son époque. Et le doute est constamment présent jusqu'à même envahir la fin magistrale de cette série en deux saisons.

Mais sur ce dernier point, je laisserait mon pote Helcar de chez REMINGTOWN en parler mieux que moi. D'ailleurs parenthèse, son blog va être à mettre dans vos favoris mes ptits loups, parce que le bonhomme vous prépare toute une série d'article bien intéressants.

Et pis faites lui un bon accueil, c'est son premier blog...

dimanche 7 septembre 2008

Le film à voir: Le Créateur - Albert Dupontel



En Juin, le centre de formation dans lequel je suis actuellement nous annonçait à chacun qu'afin de réaliser un exercice autour de la conception d'un court-métrage, une sorte de mini-concours de scénariste serait organisé. Bien évidemment, personne ne pouvait y réchapper, nous devions tous composer une histoire avec ces paramètres-ci:
  • Deux personnages maximum
  • Tournage en hiver et pendant les horaires de bureau (9h-18h)
  • Chambre d'hôtel (seulement)
  • Eviter les gens de la vingtaine
  • 6-12 minutes

Il faut dire qu'il a eu du mal à sortir le bestiau, j'ai dû passer un mois de doutes et de galères à rédiger plusieurs scripts de merde avant d'arriver à pondre un truc de quatre pages dont je suis plutôt fier.





Etonnamment, pas une minute durant mes tergiversations futiles, je n'ai pensé à cet excellent et fabuleux film de Dupontel, Le Créateur. C'est amusant d'ailleurs à quel point celui-ci est méconnu. Tout le monde (ou presque) est capable de citer un "Bernie", voire un "Enfermé dehors", mais pourtant celui que je trouve le plus abouti est complètement passé dans l'oubli.

En y repensant, j'ai passé effectivement un mois à redouter n'avoir rien à présenter au jury. Un peu comme Darius, le personnage principal de ce film.








Parce que Le Créateur, c'est vraiment le style d'histoire qui parle à ceux qui ont la hantise de la page blanche, cet incroyable vide que l'on finit par remplir d'idées complètement fantasques et désordonnées.

Un petit pitch?

Darius, jeune auteur de pièce de théâtre vient de faire un carton phénoménal avec sa première représentation de "Détresse Intime". Ovationné par la foule, on le demande sur scène. Son inquiétude l'ayant poussé à se mettre minable en coulisse durant cette représentation, on l'y amène, complètement fini, les yeux de travers et la bouteille de vin encore à la main. Il y promet une nouvelle pièce, meilleure encore, et ce dans six mois. Mais lors d'une révérence, il se vautre lamentablement dans l'orchestre. Six mois plus tard, on le retrouve dans une maison de repos en province, il reprend peu à peu ses esprits. En le ramenant vers Paris, il découvre des affiches et des journaux annonçant son prochain spectacle, mais ce spectacle...il a oublié de l'écrire, ce que ne comprend pas le dirigeant du théâtre.

Darius va donc tenter de finir sa pièce tout en en faisant les répétitions avec les acteurs, mais l'inspiration met du temps à venir.





Forcément, Dupontel impliqué, ça donne un petit délice d'écriture. Et sa manière de poser ses personnages est vraiment remarquable. Mais plus que ça, ce qui marque dans ce film, c'est la réflexion autour des affres de la création.

Dupontel nous livre une furie dantesque, témoignage des plus grandes peurs et folies entourant l'acte créatif même. Pour Darius, créer, c'est avant tout détruire. Et s'il faut aller jusqu'à tuer pour cela, soit. Et puis merde, Terry Jones dans le rôle de Dieu et Bettenfeld en Jésus, c'était du rêvé, et rien que pour ça, le film mérite une séance.

Avec les recommandations de la maison donc, jetez vous sur cette perle d'écriture et de réalisation (en attendant que je vous ponde un film de mon scénar ci-dessus cité)...

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