Post-it : The Prisoner 2009
Puisqu'il faut parler de la nouvelle série du Prisonnier après ce long article, l'ancienne série sera nommée en francais, et la nouvelle version en anglais.
The Prisoner (2009) est donc le prétendu remake de la série de McGoohan, Le Prisonnier. "Si l'originale est si bien et si contemporaine que ça, pourquoi en refaire une aujourd'hui?" que je vous entends déjà marmonner dans vos pulls tricotés en sarcasme...
Bein justement parcequ'elle est contemporaine. Le message du Prisonnier est (en partie): attention à la société que l'on se choisit! Et la société dépeinte dans Le Prisonnier est désormais la notre. A ceci près que McGoohan n'avait pas vu le 11 septembre et ses conséquences venir.
Et voilà une excellente remarque pour AMC qui se propose de refaire un lifting au Numéro 6 avec en toile de fond deux tours de verre qui surplombent et surveillent le Village.
Le Village? Pas vraiment en fait, puisque si les noms, les concepts, et les principes de la série d'origine se retrouvent inchangés, il faut bien noter que refaire une série des années 60 aujourd'hui n'a pas vraiment grand intérêt en soi. Donc AMC en change le contexte. Le Village est plus grand, à l'échelle de notre monde qui s'est élargi avec les techonologies de communication, l'extérieur est désormais désertique, le Numéro 2 ne change plus, et les Villageois sont tous pétris de terreur à l'idée de sortir ou d'avoir à affronter un imprévu.

Minisérie en 6 épisodes, The Prisoner tente de réactualiser ce qu'avait pondu l'esprit brillant de McGoohan. Alors est-ce un désastre? Loin de là. Egale-t-elle la série d'origine? Non plus, faut pas pousser. Si The Prisoner n'atteindra pas le statut de culte, c'est qu'elle emprunte ses figures phares à son maître et que là dedans, rien d'incroyablement novateur s'en détache. Mais pour autant, c'est un bel hommage et une chouette relance que nous fait Bill Gallagher.
Dès le pilote, le ton est donné. Un vieillard (qui ressemble d'ailleurs étrangement à McGoohan sur la fin de sa vie) court dans les montagnes, poursuivi par des gardes armés et une meute de chiens. En sang, fatigué et épuisé, il tombe nez à nez avec notre héros qui se réveille là sans savoir ce qu'il fait dans les montagnes. Le vieillard, le N°93, lui demande de l'aider. Amené à l'abris dans une caverne, N°93 meurt dans les bras du héros en lui demandant de retrouver une personne et de lui dire qu'il s'est échappé.

Ce vieillard, habillé comme l'ancien Numéro 6 dans la série d'origine est à coup sûr un clin d'oeil énorme du scénariste actuel à l'auteur original (il suffira d'attendre un épisode pour que notre actuel Numéro 6 fouille son appartement, et que le fan éclairé reconnaisse là à peu de choses près, l'appartement du N°6 de la série d'origine). Un passage de flambeau qui annonce une nouvelle ère.
Structurés radicalement différemment, les épisodes de cette nouvelle série insufflent la confusion et le doute par l'utilisation d'images subliminales, de montage aux chronologies éclatées et de flash-back. On ne sait jamais vraiment où est le vrai, où est le faux et tout porte à croire que notre nouveau N°6 est dans la même confusion générale.

D'ailleurs parlons du N°6, si la série d'origine voyait un espion dans ses bottes, ici, c'est un technicien d'une haute société de vidéo surveillance. L'ancien était dans son bon droit de gueuler, celui-là craint déjà, dès le départ de la série d'en savoir trop et d'être génant. C'est même plus facilement un Monsieur tout le monde qu'un héros.
Ce qui est malin dans la réécriture de ce mythe, c'est que là où l'époque de McGoohan permettait d'avoir des idées claires et des positions affirmées, notre époque, elle, nous pousse, pour des raisons économiques, sociales, juridiques ou éthiques, à toujours être dans le compromis, la médiation et dans une pincée de paranoïa aveugle (comme le disait mon amie Auré, désormais, l'ennemi N°1 n'est plus palpable). Le spectateur de Le Prisonnier peut rester droit face à ce qui arrive au N°6 de McGoohan, celui de The Prisoner est forcément perdu face au N°6 de Gallagher. L'extérieur du Village existe pour McGoohan, pour Gallagher, rien n'est moins sûr.

Le principal défaut de cette nouvelle mouture, à mon sens, c'est qu'elle est réalisée et produite par et pour des américains. Elle n'évite donc plus le côté sentimental et tirage de violon que la série d'origine reléguait complêtement à l'arrière plan. Ce problême se fait sentir, non pas tant sur la réalisation que sur l'illustration musicale qui, si elle fait de très chouette apparitions dans les deux premiers épisodes, redevient d'un classique et d'un déjà-vu parfois pénible dans les épisodes suivants.
Pourtant la nouvelle série amène de l'eau au moulin, par l'introduction symbolique de l'oubli et de la négation du problême (un gros trou apparaissant ça et là dans le sol du Village et qui avale certains citoyens), par la crainte morbide et exprimée de chacun des Villageois d'être appelé à la Clinique pour un traitement, par le respect presque féodal qu'on ces citoyens envers le N°2. Les règles du jeu changent, et si on ne reprends pas le discours de l'ancienne série, Gallagher n'escompte pas faire croire que tout lui est dû. Même certains passages de l'ancienne série sont célébrés par de petits clin d'oeil et l'on y suggère aussi que l'actuel Village a une très longue histoire et que les choses étaient différentes avant.
Je ne parlerai pas de la fin, car je ne l'ai pas encore vue, mais jusqu'ici, si je ne retrouve pas l'excitation et l'incroyable intérêt de Le Prisonnier, je lui concède quand même l'effort d'être une curiosité réfléchie sur notre époque, ce que la plus part de nos séries actuelle n'osent pas faire. Ici bas le preview de neuf minutes en sous titré pour s'en faire une idée...
A voir donc, mais avec un regard neuf pour les fans de l'originale et pour les néophytes, à considérer comme la suite de l'ancienne.
The Prisoner (2009) est donc le prétendu remake de la série de McGoohan, Le Prisonnier. "Si l'originale est si bien et si contemporaine que ça, pourquoi en refaire une aujourd'hui?" que je vous entends déjà marmonner dans vos pulls tricotés en sarcasme...
Bein justement parcequ'elle est contemporaine. Le message du Prisonnier est (en partie): attention à la société que l'on se choisit! Et la société dépeinte dans Le Prisonnier est désormais la notre. A ceci près que McGoohan n'avait pas vu le 11 septembre et ses conséquences venir.
Et voilà une excellente remarque pour AMC qui se propose de refaire un lifting au Numéro 6 avec en toile de fond deux tours de verre qui surplombent et surveillent le Village.
Le Village? Pas vraiment en fait, puisque si les noms, les concepts, et les principes de la série d'origine se retrouvent inchangés, il faut bien noter que refaire une série des années 60 aujourd'hui n'a pas vraiment grand intérêt en soi. Donc AMC en change le contexte. Le Village est plus grand, à l'échelle de notre monde qui s'est élargi avec les techonologies de communication, l'extérieur est désormais désertique, le Numéro 2 ne change plus, et les Villageois sont tous pétris de terreur à l'idée de sortir ou d'avoir à affronter un imprévu.

Minisérie en 6 épisodes, The Prisoner tente de réactualiser ce qu'avait pondu l'esprit brillant de McGoohan. Alors est-ce un désastre? Loin de là. Egale-t-elle la série d'origine? Non plus, faut pas pousser. Si The Prisoner n'atteindra pas le statut de culte, c'est qu'elle emprunte ses figures phares à son maître et que là dedans, rien d'incroyablement novateur s'en détache. Mais pour autant, c'est un bel hommage et une chouette relance que nous fait Bill Gallagher.
Dès le pilote, le ton est donné. Un vieillard (qui ressemble d'ailleurs étrangement à McGoohan sur la fin de sa vie) court dans les montagnes, poursuivi par des gardes armés et une meute de chiens. En sang, fatigué et épuisé, il tombe nez à nez avec notre héros qui se réveille là sans savoir ce qu'il fait dans les montagnes. Le vieillard, le N°93, lui demande de l'aider. Amené à l'abris dans une caverne, N°93 meurt dans les bras du héros en lui demandant de retrouver une personne et de lui dire qu'il s'est échappé.

Ce vieillard, habillé comme l'ancien Numéro 6 dans la série d'origine est à coup sûr un clin d'oeil énorme du scénariste actuel à l'auteur original (il suffira d'attendre un épisode pour que notre actuel Numéro 6 fouille son appartement, et que le fan éclairé reconnaisse là à peu de choses près, l'appartement du N°6 de la série d'origine). Un passage de flambeau qui annonce une nouvelle ère.
Structurés radicalement différemment, les épisodes de cette nouvelle série insufflent la confusion et le doute par l'utilisation d'images subliminales, de montage aux chronologies éclatées et de flash-back. On ne sait jamais vraiment où est le vrai, où est le faux et tout porte à croire que notre nouveau N°6 est dans la même confusion générale.

D'ailleurs parlons du N°6, si la série d'origine voyait un espion dans ses bottes, ici, c'est un technicien d'une haute société de vidéo surveillance. L'ancien était dans son bon droit de gueuler, celui-là craint déjà, dès le départ de la série d'en savoir trop et d'être génant. C'est même plus facilement un Monsieur tout le monde qu'un héros.
Ce qui est malin dans la réécriture de ce mythe, c'est que là où l'époque de McGoohan permettait d'avoir des idées claires et des positions affirmées, notre époque, elle, nous pousse, pour des raisons économiques, sociales, juridiques ou éthiques, à toujours être dans le compromis, la médiation et dans une pincée de paranoïa aveugle (comme le disait mon amie Auré, désormais, l'ennemi N°1 n'est plus palpable). Le spectateur de Le Prisonnier peut rester droit face à ce qui arrive au N°6 de McGoohan, celui de The Prisoner est forcément perdu face au N°6 de Gallagher. L'extérieur du Village existe pour McGoohan, pour Gallagher, rien n'est moins sûr.

Le principal défaut de cette nouvelle mouture, à mon sens, c'est qu'elle est réalisée et produite par et pour des américains. Elle n'évite donc plus le côté sentimental et tirage de violon que la série d'origine reléguait complêtement à l'arrière plan. Ce problême se fait sentir, non pas tant sur la réalisation que sur l'illustration musicale qui, si elle fait de très chouette apparitions dans les deux premiers épisodes, redevient d'un classique et d'un déjà-vu parfois pénible dans les épisodes suivants.
Pourtant la nouvelle série amène de l'eau au moulin, par l'introduction symbolique de l'oubli et de la négation du problême (un gros trou apparaissant ça et là dans le sol du Village et qui avale certains citoyens), par la crainte morbide et exprimée de chacun des Villageois d'être appelé à la Clinique pour un traitement, par le respect presque féodal qu'on ces citoyens envers le N°2. Les règles du jeu changent, et si on ne reprends pas le discours de l'ancienne série, Gallagher n'escompte pas faire croire que tout lui est dû. Même certains passages de l'ancienne série sont célébrés par de petits clin d'oeil et l'on y suggère aussi que l'actuel Village a une très longue histoire et que les choses étaient différentes avant.
Je ne parlerai pas de la fin, car je ne l'ai pas encore vue, mais jusqu'ici, si je ne retrouve pas l'excitation et l'incroyable intérêt de Le Prisonnier, je lui concède quand même l'effort d'être une curiosité réfléchie sur notre époque, ce que la plus part de nos séries actuelle n'osent pas faire. Ici bas le preview de neuf minutes en sous titré pour s'en faire une idée...
A voir donc, mais avec un regard neuf pour les fans de l'originale et pour les néophytes, à considérer comme la suite de l'ancienne.





























